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Rolex | Prix à l’esprit d’entreprise


A fin juin, Rolex a dévoilé les noms des cinq pionniers sélectionnés comme lauréats des Prix Rolex à l’esprit d’entreprise et dont les projets audacieux et innovants contribueront à transformer le monde de demain.

Issus de diverses régions du globe - Brésil, Etats-Unis, Népal, Royaume-Uni et Tchad - les cinq lauréats sont: biologiste marin, entrepreneur social, biologiste de la conservation, exploratrice polaire et géographe engagée pour le climat.

Les Prix Rolex à l’esprit d’entreprise ont été créés il y a 45 ans à l’occasion du 50e anniversaire de l’Oyster, la première montre-bracelet étanche au monde. A travers ce programme, la maison horlogère soutient des personnes remarquables dont les projets innovants renforcent nos connaissances du monde, protègent l’environnement en préservant habitats et espèces, et améliorent les conditions de vie sur terre.

Les Prix Rolex à l’esprit d’entreprise représentent l’un des trois piliers sur lesquels repose l’initiative Perpetual Planet, qui soutient des personnes exceptionnelles qui contribuent à un monde meilleur. Cette initiative englobe également le programme Mission Blue de Sylvia Earle, destiné à préserver les océans, ainsi qu’un partenariat renforcé avec National Geographic, associé à Rolex depuis 1954, afin de mieux comprendre le changement climatique par la science.

Felix Brooks-church, Etats-Unis

L’entrepreneur social américain Felix Brooks-church s’attaque à l’un des plus grands fléaux du monde, la malnutrition, qui touche deux milliards de personnes dans le monde et est la cause de la moitié des décès évitables de 15’000 enfants par jour.

Il y a plus d’une décennie, Felix Brooks-church a passé quatre ans au Cambodge pour travailler sur des projets éducatifs visant à améliorer la vie des enfants. Troublé par le nombre d’enfants qui présentaient des difficultés d’apprentissage, il a pris conscience qu’un bon développement cognitif nécessite une alimentation correcte des femmes en âge de procréer et des enfants pendant leurs 1’000 premiers jours de vie. Sa volonté de s’attaquer à la malnutrition l’a finalement amené à participer à la création de Sanku, une entreprise à but non lucratif située en Tanzanie, et à la diriger.

Felix Brooks-church a trouvé une solution ingénieuse pour lutter contre le fléau de la malnutrition: un appareil qui enrichit la farine avec des nutriments et, détail qui a toute son importance, un modèle commercial garantissant l’absence de coûts supplémentaires pour les consommateurs et les meuniers. «Nous ajoutons des nutriments vitaux aux denrées de base dont des millions de personnes sont tributaires chaque jour», dit-il. Pour y parvenir, il a développé et breveté le «Dosifier», un appareil doseur ressemblant à une balance électronique qui peut être installé dans les petits moulins, dont beaucoup se trouvent dans des lieux reculés et produisent jusqu’à 95% de la farine de maïs qui constitue l’aliment de base en Afrique de l’Est. C’est la première fois que les meuniers locaux sont mobilisés à grande échelle pour lutter contre la malnutrition. Bien souvent, les petites minoteries ne sont pas prises en compte dans les programmes nationaux de renforcement nutritionnel, car les petits meuniers n’ont pas les moyens ou la volonté de payer ces nutriments. De plus, la plupart des gouvernements n’ont pas la main-d’œuvre appropriée pour superviser les petites productions de farine.

Le Dosifier enrichit la farine en vitamine B12, en zinc, en acide folique et en fer. Il libère des quantités précises de nutriments tandis que le blé passe dans la trémie sensible au poids. Les Dosifiers sont légers mais résistants. Ils transmettent les données à distance, permettant à l’équipe de Felix Brooks-church de suivre des milliers de petits moulins répartis dans toute la Tanzanie.

Ce modèle commercial ingénieux permet d’ajouter des nutriments sans surcoût, puisque meuniers et consommateurs ne doivent rien débourser. Il se base sur l’achat de sacs de farine vides, premier poste de dépenses pour les meuniers. Vu que ces derniers achètent les sacs en petites quantités, ils sont relativement chers. En achetant les sacs en gros, Sanku est en mesure de les vendre aux meuniers au prix du marché et utilise la marge pour couvrir le coût occasionné par l’ajout de nutriments. Résultat: les Tanzaniens peuvent acheter de la farine enrichie au même prix que le produit non enrichi.

«Alimenter une personne coûte environ 1 dollar par an, déclare Felix Brooks-church. Il nous importe de venir en aide à un grand nombre de personnes, mais il est encore plus important pour nous que le système soit rentable et viable à long terme».

Sanku envisage d’installer 200 Dosifiers supplémentaires en Tanzanie au cours des prochains mois avant de lancer son modèle commercial durable dans au moins un pays de plus l’année prochaine. «Nous nous étendrons dans toute l’Afrique de l’Est en partant de Tanzanie», explique-t-il.

Les ventes de sacs couvrent les coûts liés à l’ajout de nutriments. L’organisation utilisera les fonds obtenus grâce aux Prix Rolex pour en acheter 40 afin de transformer de petits moulins, ce qui permettra de nourrir jusqu’à 200’000 personnes en leur donnant de la farine fortifiée, un ingrédient très important.

Hindou Oumarou Ibrahim, Tchad

Le lac Tchad, dans la région du Sahel en Afrique centrale, alimente en eau plus de 30 millions de personnes vivant dans les quatre pays limitrophes: le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria. Cependant, comme l’explique Hindou Oumarou Ibrahim, géographe engagée pour le climat et les droits des communautés autochtones, le lac Tchad s’assèche rapidement. «Quand ma mère est née, il représentait environ 25’000 km2 d’eau», dit-elle en 2019. «A ma naissance, il y a plus de trente ans, il couvrait 10’000 km2. Aujourd’hui, sa surface est d’environ 1’200 km2.»

Hindou Oumarou Ibrahim est une femme de la communauté pastorale Mbororo au Tchad. «Nous sommes touchés de plein fouet par le changement climatique, déclare-t-elle. A chaque changement de saison, notre vie quotidienne est bousculée». Le changement climatique, sur fond de croissance de la population, exacerbe les tensions entre les bergers Mbororo nomades et les paysans sédentaires. La situation a continué de se dégrader en raison de la pandémie du Covid et des inondations de grande ampleur qui ont commencé en octobre dernier.

Hindou Oumarou Ibrahim est convaincue que le meilleur moyen de gérer les conflits est de rallier les habitants. Elle invite femmes et hommes, pasteurs nomades et habitants sédentaires à entreprendre une cartographie participative de la région. Les éléments naturels tels que crêtes et plateaux sont tracés sur un tableau, puis une maquette sophistiquée du paysage en 2D/3D est créée, que l’on peut ensuite compléter en ajoutant notamment un point d’accès à l’eau ou la présence d’arbres fruitiers. A terme, les cartes permettront la conservation des ressources avec l’aval de tous, par exemple, sur le mode de partage des couloirs pour les animaux et sur l’accès à l’eau douce.

Hindou Oumarou Ibrahim, qui a dû se frayer un chemin ardu pour s’affirmer en tant que leader dans une société patriarcale, est convaincue que les femmes jouent un rôle majeur dans la cartographie des ressources en raison de leur proximité avec la nature et leur foyer, sachant exploiter le terrain et leur talent d’observatrices pour résoudre les problèmes. Elle compare la sagesse des femmes avec les applications sur un smartphone. «Ma grand-mère est la meilleure application que je connaisse», dit-elle. En observant le vent, en regardant les insectes, en notant la taille des fruits ou en observant tout simplement le comportement du bétail, les femmes sont capables de faire des prévisions précises, sources de connaissances vitales pour les paysans et les bergers.

Ces observations sont associées à la science dans le processus de cartographie, une approche qui a déjà fait ses preuves en tant qu’outil pour le partage des ressources. La lauréate a dirigé un projet de cartographie à petite échelle à Baïbokoum, au sud-ouest du Tchad. Elle a démontré qu’il s’agit d’un outil crédible, durable et évolutif pour réduire les tensions entre les communautés et aider les autorités locales à pratiquer un mode de gouvernance judicieux. Elle a rassemblé 500 bergers autochtones pour cartographier les ressources naturelles dans la région. Les hommes ont documenté les zones montagneuses, les rivières et les lieux considérés comme sacrés, tandis que les femmes cartographiaient les sources. Le projet a retenu l’attention du gouvernement national, qui a commencé à se servir des relevés pour étayer sa politique publique. Le Prix Rolex permettra à Hindou Oumarou Ibrahim d’étendre ses travaux de cartographie dans d’autres régions du Tchad et dans les pays voisins.

Rinzin Phunjok Lama, Népal

En septembre 2006, les efforts écologiques menés dans la petite nation enclavée du Népal ont connu un coup d’arrêt lorsqu’un crash d’hélicoptère dans l’est du pays a entraîné la mort des 24 personnes à bord, dont 23 liées à la protection de l’environnement. Parmi les victimes, le ministre des forêts et de la protection des sols, des défenseurs de l’environnement novateurs qui avaient instauré des réserves spéciales, ainsi que des membres du ministère des forêts et de l’environnement.

Le scientifique et environnementaliste Rinzin Lama est une figure de proue de la nouvelle génération de défenseurs de l’environnement déterminés à protéger la biodiversité abondante du pays. Rinzin Lama est né et a grandi dans le district de Humla au nord-ouest du Népal, l’une des régions les plus pauvres et les plus isolées, mais aussi les plus élevées (3’000 à 5’000 mètres au-dessus du niveau de la mer). Il a été inspiré et épaulé par Rodney Jackson, lauréat des Prix Rolex en 1981.

Biologiste spécialisé dans la faune, ce dernier a passé quatre décennies de sa vie à protéger la panthère des neiges et est à l’origine de la première étude sur le radiorepérage de panthères des neiges dans l’ouest du Népal. Rinzin Lama s’est donné pour mission de protéger non seulement la panthère des neiges, mais aussi d’autres espèces menacées que l’on rencontre dans les montagnes du Népal, parmi lesquelles le loup de l’Himalaya, l’ours noir de l’Himalaya, le yak sauvage, l’argali du Tibet et le porte-musc de l’Himalaya.

«L’écosystème transhimalayen, qui comprend une grande partie des zones montagneuses népalaises, est très fragile et les activités humaines, toujours plus nombreuses, représentent une menace permanente. Il y a donc un besoin urgent de mettre en place un projet de préservation de l’environnement appliquant une approche intégrée de l’écologie et des activités de subsistance des populations», déclare Rinzin Lama.

La solution à long terme du spécialiste pour surmonter les menaces qui pèsent sur la biodiversité consiste à engager des natifs de Humla, en particulier de jeunes diplômés en environnement, concrétisant ainsi sa vision de la «gestion par les locaux».

Les habitants du district de Humla sont tributaires de la biodiversité de la région pour leur subsistance. Cependant, vu que seulement 1% du terrain convient à l’exploitation agricole, les récoltes permettent tout juste de nourrir la population. De plus, les taux d’insécurité alimentaire et d’analphabétisme sont élevés et les possibilités de développement, notamment économique, limitées. Ainsi, Rinzin Lama souhaite dynamiser les communautés pour qu’elles deviennent responsables de leurs terrains, tout en s’attaquant aux questions de subsistance et de durabilité.

Il compte mettre en valeur et développer les activités de conservation déjà en place, mais aussi former les habitants de la région et encourager le leadership local dans le domaine de l’environnement. La population sera également formée pour faire appliquer la loi afin de réduire les activités de braconnage, l’exploitation illégale de bois et les incendies de forêt.

Grâce aux Prix Rolex, Rinzin Lama pourrait devenir un ambassadeur à vie de la cause environnementale et une source d’inspiration qui encouragera les jeunes à s’engager pour la protection de la nature, comblant ainsi le vide laissé par le crash d’hélicoptère de 2006.

Gina Moseley, Groenland

Avec un œil tourné vers le passé de la Terre et l’autre vers l’avenir de l’humanité, la Britannique Gina Moseley, exploratrice polaire et spécialiste du changement climatique, se prépare à mener une expédition dans les grottes les plus septentrionales de la planète, au Groenland. Une première mondiale!

L’expédition explorera plusieurs grottes, mais c’est une caverne géante en particulier qui fascine Gina Moseley. Elle en a appris l’existence suite à une rencontre fortuite dans un club de spéléologie de Bristol en 2008. Un compagnon spéléologue, Charlie Self, lui a décrit la grotte et remis un article intrigant qui relatait comment, pendant la guerre froide, un avion de reconnaissance de l’armée américaine, cherchant des sites d’atterrissage d’urgence non gelés, repéra une grotte géante perchée sur une falaise surplombant un lac dans une péninsule nommée Wulff Land, à l’extrémité nord du Groenland. L’histoire est ainsi restée figée pendant soixante ans.

L’équipe de six membres dirigée par Gina Moseley a un long voyage devant elle avant d’atteindre la région. Une fois sur place, ils parcourront de longues distances à pied à la lumière du jour, 24 heures sur 24. Ils espèrent explorer la grotte géante dans laquelle, malgré le grand intérêt et les spéculations qu’elle suscite, personne ne s’est jamais rendu en raison «d’un emplacement reculé, d’une logistique complexe et des coûts très élevés inhérents à une expédition dans le nord du Groenland, explique l’exploratrice. Les fonds que Rolex débloque dans le domaine de l’exploration représentent une chance unique pour réaliser un tel périple. La plupart des organisations exigent une preuve du concept avant de participer au financement, pourtant, Rolex reconnaît l’importance d’associer exploration et science et s’engage à soutenir de telles expéditions.» Gina Moseley précise que sans le soutien de Rolex, les questions scientifiques soulevées dans sa recherche sur le changement climatique «resteraient probablement sans réponse pendant des décennies».

Gina Moseley considère que l’un des meilleurs moyens de comprendre le changement climatique est d’étudier l’histoire chimique des grottes, à la recherche de dépôts de calcite, aussi appelés spéléothèmes, qui se forment à partir de gouttes d’eau. Si de l’eau a pénétré dans une grotte, ses dépôts révélateurs indiquent l’existence d’un climat antérieur plus chaud et plus humide que le climat actuel. Si cette expédition permet de trouver de la calcite, les études menées par Gina Moseley pourraient accélérer par quatre les recherches climatiques effectuées jusqu’à présent dans le Grand Nord - en remontant à un demi-million d’années.

Le Groenland est une région vitale pour l’avenir de la planète. Sa calotte glacière fond à une vitesse record. En une seule journée en 2019, elle a déversé jusqu’à 12 milliards de tonnes d’eau dans les océans. Le niveau de la mer monte de plus d’un millimètre par mois, alors que les scientifiques n’attendaient pas une telle évolution avant cinquante ans.

Luiz Rocha, Brésil

Luiz Rocha a grandi à proximité de la mer, au Brésil, et a commencé la plongée à l’adolescence, avide de découvrir les mystères de l’océan. «A l’âge de cinq ou six ans, j’ai décidé de devenir biologiste. J’ai toujours aspiré à partir au large pour admirer la vie marine». Il y a vingt ans, il a commencé à plonger à de grandes profondeurs, maîtrisant les techniques poussées propres à ce type de plongée. Il a maintenant passé plus de 6’000 heures dans les fonds sous-marins et entrepris plus de 70 expéditions scientifiques, dont il a dirigé la moitié. Rien ne le fascine plus que l’exploration des océans.

Aujourd’hui, Luiz Rocha a le regard tourné vers l’océan Indien, avec son projet visant à explorer, étudier, protéger et révéler les récifs profonds et la multitude d’espèces qu’ils abritent, notamment de poissons. Nombre d’entre eux n’ont jamais été observés et se distinguent par leur apparence spectaculaire.

Alors que les récifs peu profonds, comme ceux de la Grande Barrière de corail en Australie, sont très connus, les écosystèmes coraliens mésophotiques, situées entre 30 et 150 mètres en dessous de la surface de l’océan, demeurent largement inexplorés.

Les récifs coraliens font partie des écosystèmes les plus variés de la planète. Près de 25% des espèces marines dépendent des coraux à un moment de leur cycle de vie. Outre l’exploration des vastes récifs mésophotiques dans l’océan Indien, Luiz Rocha étudiera leur capacité à abriter des coraux de récifs moins profonds, menacés par le réchauffement climatique.

L’exploration des coraux profonds réserve de sérieux défis à Luiz Rocha et à son équipe internationale. Basée aux Maldives, l’équipe de Luiz Rocha s’aventure dans un univers inconnu. La présence d’atolls signale l’existence de récifs mésophotiques - comme le dit Luiz Rocha: «Même si personne ne les a jamais vus, nous savons qu’ils sont là.» La descente dans des récifs profonds est compliquée, nécessitant un équipement d’aspiration avec gaz mixte (dit «recycleur») qui recycle l’air expiré des plongeurs après avoir éliminé le dioxyde de carbone, ce qui leur permet de descendre plus profond. Luiz Rocha est l’un des rares océanographes capables d’effectuer cette plongée technique complexe. La sécurité étant la priorité, une seule plongée par jour est autorisée.

Le projet de Luiz Rocha, qui comprendra trois expéditions sur deux ans en partenariat avec le ministère de la pêche des Maldives, enrichira sensiblement les connaissances sur les espèces vivant dans les récifs, tout en fournissant de précieuses indications sur les conditions et les changements de température sur de longues périodes.

«Depuis déjà plusieurs années, Rolex est consciente de sa responsabilité qui la pousse à contribuer à rendre la planète durable - perpétuelle, explique Arnaud Boetsch, directeur Communication & Image chez Rolex. Plutôt que de s’aventurer dans des territoires inconnus et de découvrir des lieux insolites, la nouvelle génération d’explorateurs s’engage dans la protection de la planète. Les cinq nouveaux lauréats sont des dignes représentants de ces gardiens du futur.» Ils recevront une aide financière pour leurs projets et bénéficieront d’une visibilité mondiale, dont il découle souvent des soutiens supplémentaires.

Publié le 03.09.2021